
L’essor d’actifs numériques tels que Bitcoin, Ethereum et les memecoins suscite un débat important dans la communauté musulmane sur leur conformité aux principes de la finance islamique. À mesure que les monnaies numériques s’imposent à l’échelle mondiale, des questions telles que le caractère halal du Bitcoin, la compatibilité du trading de crypto avec la charia et l’intégration des différentes plateformes d’investissement s’avèrent plus actuelles que jamais. Ce guide exhaustif explore la licéité des monnaies numériques en islam, en abordant le Bitcoin comme « or numérique », les memecoins, le staking, les NFT et les pratiques de trading, sous l’angle des principes de la finance islamique.
Les monnaies numériques sont des actifs virtuels sécurisés par cryptographie, reposant sur la technologie blockchain décentralisée. Contrairement aux monnaies fiduciaires, elles ne dépendent pas d’une autorité centrale, mais d’un registre distribué assurant des transactions transparentes, immuables et sécurisées. La décentralisation de la blockchain réduit les risques de fraude et renforce le contrôle de l’utilisateur, ce qui explique l’attrait du Bitcoin et d’Ethereum pour les transactions mondiales.
Les principales caractéristiques des monnaies numériques sont la décentralisation — aucune banque centrale ni autorité publique ne contrôle ces actifs — en phase avec les principes islamiques d’équité et d’autonomie. La transparence est assurée par des registres publics sur la blockchain, permettant la traçabilité totale des transactions. La sécurité repose sur la cryptographie, qui prévient la contrefaçon et les modifications non autorisées. En outre, les monnaies numériques ont plusieurs fonctions : moyen d’échange, réserve de valeur, ou utilitaire de plateforme. Ces dernières années, elles dominent les portefeuilles d’investissement, le Bitcoin conservant une position de force sur le marché et Ethereum structurant la finance décentralisée et les écosystèmes d’actifs numériques.
Les monnaies numériques se distinguent par leur utilité, leur stabilité et leur adoption, chaque critère influant sur leur conformité à la charia. Les principales monnaies incluent le Bitcoin (BTC), qualifié d’« or numérique » pour son offre plafonnée à 21 millions de jetons et ses propriétés de réserve de valeur, largement accepté dans les paiements et l’investissement. Ethereum (ETH) permet l’exécution de smart contracts et d’applications décentralisées, offrant une utilité allant au-delà de la simple monnaie, sa stabilité et son adoption en faisant un choix de référence pour les investisseurs musulmans.
Les memecoins comme Dogecoin (DOGE) et Shiba Inu (SHIB) reposent sur des dynamiques communautaires et l’influence sociale, se caractérisent par une forte volatilité et une dimension très spéculative. Les altcoins à plus faible capitalisation désignent des actifs numériques moins connus, plus risqués et sujets à la manipulation. Les tokens conformes à la charia, comme Islamic Coin (ISLM), sont conçus pour les investisseurs musulmans, valorisant des cas d’usage éthiques et la conformité islamique afin d’offrir des alternatives halal.
La finance islamique, fondée sur la charia, privilégie l’éthique, la transparence et la responsabilité sociale. Ces principes sont essentiels pour évaluer la licéité des monnaies numériques. L’interdiction du riba (intérêt) impose d’éviter l’usure et les rendements garantis sans partage de risque réel. Le gharar (incertitude excessive) implique de limiter la spéculation et l’incertitude contractuelle. Le maysir (jeu de hasard) interdit toute transaction assimilable au jeu ou au hasard pur. Les investissements éthiques exigent que les actifs bénéficient à la société et n’impliquent pas d’activités haram. Enfin, le partage des profits et pertes favorise les modèles tels que mudarabah (partenariat de partage des profits) et musharakah (coentreprise), fondés sur la performance réelle plutôt que sur des intérêts garantis.
Le débat sur le caractère halal ou haram des monnaies numériques porte sur leur qualification en tant que richesse, leur utilité et leur conformité à la charia. Les avis des érudits islamiques se structurent autour de trois grandes perspectives reflétant des lectures différentes du droit islamique appliqué aux technologies émergentes.
Certains érudits estiment que les cryptomonnaies ne constituent pas un Māl (bien islamique) : selon eux, ces actifs sont spéculatifs, sans valeur intrinsèque et proches du jeu. Ils expriment des réserves sur l’anonymat, qui permettrait des transferts illicites, et sur la volatilité, qui introduit un gharar contraire aux principes islamiques.
D’autres, plus modérés, acceptent les monnaies numériques comme moyens d’échange sous conditions strictes. Ils soulignent que la décentralisation et la transparence de la blockchain rejoignent les principes islamiques d’équité et de responsabilité. La traçabilité du Bitcoin et l’utilité d’Ethereum via les smart contracts leur confèrent une utilité économique légitime.
Enfin, certains considèrent les monnaies numériques comme une richesse numérique selon la pratique usuelle, ces actifs devenant une richesse s’ils apportent de l’utilité. Bitcoin et Ethereum répondent à ce critère en raison de leur acceptation généralisée et de leur valeur reconnue.
En l’absence de consensus universel, la majorité des érudits considère que les monnaies numériques sont halal si elles ont une valeur intrinsèque fondée sur l’utilité ou l’acceptation, excluent toute activité haram, et limitent la spéculation via une stratégie d’investissement à long terme plutôt que des opérations de court terme spéculatives.
Certains érudits estiment que les cryptomonnaies violent les principes islamiques pour plusieurs raisons. D’abord, ces actifs n’ont pas le statut de monnaie au sens traditionnel islamique, car ils ne sont ni adossés à un actif physique ni reconnus comme cours légal. Ensuite, l’absence de régulation sur les marchés décentralisés fait peser un risque d’abus en l’absence de contrôle. Par ailleurs, la volatilité spéculative des prix s’apparente au maysir, interdit par la charia. Les fonctions d’anonymat de certaines cryptomonnaies peuvent également faciliter des activités illicites, en contradiction avec l’éthique islamique. Enfin, la spéculation à haut risque dans le trading s’oppose au partage effectif du risque, principe clé de la finance islamique.
La licéité du trading de monnaies numériques dépend de sa structure et de sa mise en œuvre. Le spot trading, qui consiste à acheter et vendre des actifs numériques au comptant, est souvent considéré comme halal s’il exclut le riba et la spéculation excessive, car il s’agit d’un véritable échange d’actifs. En revanche, les contrats à terme et le margin trading sont généralement haram, du fait de l’effet de levier (introduisant le riba) et d’un niveau élevé d’incertitude (gharar). Les stratégies de day trading ou de scalping, fondées sur la spéculation à court terme, sont souvent considérées comme haram, car elles s’apparentent au maysir plutôt qu’à un investissement sur la valeur de l’actif.
Le minage de Bitcoin consiste à valider des transactions sur la blockchain et à assurer la sécurité du réseau en échange de récompenses en BTC. Vu positivement, le minage fournit un service légitime à la blockchain, assimilable à une rémunération du travail. Cependant, certains critiquent la consommation énergétique élevée du minage, en conflit avec les principes islamiques de préservation de l’environnement (khalifah).
Le minage est considéré comme halal s’il est mené de manière éthique, par exemple en ayant recours à des énergies renouvelables, et après consultation d’érudits qualifiés pour garantir la conformité à la charia.
Le staking consiste à immobiliser des actifs numériques dans un réseau blockchain afin de valider les transactions et d’obtenir des récompenses. Il s’agit de placer une certaine quantité de cryptomonnaie sur un réseau proof-of-stake (PoS), les participants étant récompensés — un mécanisme qui soulève des questions en droit islamique, en raison de similitudes avec des instruments à intérêt.
Certains érudits assimilent le staking à la mudarabah (partage des profits), où l’investisseur met ses fonds à disposition du réseau pour une finalité valable et perçoit un rendement sur la performance réelle. D’autres estiment que le staking est haram si les récompenses s’apparentent à du riba, surtout pour des protocoles non éthiques ou non conformes à la charia ou soutenant des activités illicites.
Le staking peut être considéré comme halal lorsque l’actif numérique est conforme à la charia (Islamic Coin ou autre token approuvé), que le mécanisme repose sur une utilité réelle et non un rendement garanti, et que le réseau fonctionne selon des principes éthiques et transparents. Il est essentiel que les investisseurs musulmans consultent des érudits ou conseillers financiers islamiques avant toute opération de staking ou d’investissement en cryptomonnaie, afin de garantir la conformité à leurs principes religieux.
Les tokens non fongibles (NFT) représentent des actifs numériques uniques sur la blockchain, leur statut halal dépendant de plusieurs critères. Le contenu du NFT est déterminant : les NFT liés à des contenus illicites sont strictement interdits. L’utilité du NFT est également cruciale : ceux qui remplissent une fonction légitime (art numérique, propriété, certification) peuvent être considérés comme halal. À l’inverse, le trading spéculatif de NFT s’apparente au maysir et devient haram lorsqu’il n’est motivé que par la spéculation sur le prix, sans utilité réelle.
Il est conseillé aux investisseurs musulmans de privilégier les NFT adossés à des actifs licites et de consulter des experts en droit islamique avant toute opération sur les marchés NFT pour s’assurer de la conformité à la charia.
Les grandes plateformes d’actifs numériques proposent diverses activités de trading avec des implications variables en matière de conformité islamique. Le trading au comptant est halal s’il exclut le riba et la spéculation, permettant des échanges d’actifs effectifs pour les investisseurs musulmans. Le trading de contrats à terme est souvent haram en raison du levier et du gharar, ce qui impose la prudence. Certaines plateformes référencent des tokens conformes à la charia, tels qu’Islamic Coin (ISLM), spécifiquement conçus pour le public musulman à la recherche d’opportunités halal.
Le Bitcoin, souvent qualifié d’« or numérique », est considéré par de nombreux érudits comme une réserve de valeur à long terme, grâce à une offre limitée à 21 millions d’unités et sa décentralisation. L’utilité d’Ethereum dans la finance décentralisée et les smart contracts soutient également sa légitimité. Toutefois, l’investissement en cryptomonnaie soulève plusieurs difficultés au regard de la conformité islamique. La volatilité des prix expose à un gharar contraire aux principes islamiques. Le trading spéculatif à court terme va à l’encontre du partage du risque et de la création de valeur réelle. Enfin, il est impératif d’éviter les secteurs haram pour garantir une conformité éthique.
Les investisseurs musulmans sont invités à privilégier des placements à long terme sur les monnaies numériques établies via le marché au comptant, tout en consultant régulièrement des érudits qualifiés pour garantir la conformité des stratégies d’investissement à la finance islamique et à leurs valeurs personnelles.
Les monnaies numériques offrent aux investisseurs musulmans à la fois des opportunités et des défis à l’interface de la finance moderne et des principes islamiques. Bitcoin et Ethereum peuvent être considérés comme halal comme actifs numériques ou devises, s’ils sont utilisés de manière éthique, pour l’investissement à long terme et avec une utilité réelle. À l’inverse, memecoins et stratégies de trading spéculatif s’opposent souvent à la charia, car ils s’apparentent au jeu et reposent sur des manipulations de prix plutôt que sur la valeur intrinsèque. La licéité de l’investissement en cryptomonnaie dépend de la structure des transactions, de la nature de l’actif sous-jacent et du respect des principes islamiques d’exclusion du riba, du gharar et du maysir. Les investisseurs musulmans doivent systématiquement consulter des érudits et des conseillers financiers pour aligner leurs placements avec leurs principes religieux et garantir la conformité à la charia avant toute intervention sur le marché crypto.
La cryptomonnaie est autorisée en islam si elle est échangée sans intérêt, ni fraude, ni jeu de hasard. De nombreux érudits considèrent que les cryptomonnaies peuvent être licites lorsqu’elles sont utilisées de manière éthique et transparente, dans le respect des principes de la charia.
Les cryptomonnaies halal incluent Bitcoin, Ethereum, Stellar, Cardano et Algorand. Elles sont reconnues pour leur utilité et leur conformité aux principes de la finance islamique, privilégiant les utilisations concrètes à la spéculation.
Le Bitcoin Cash est généralement considéré comme halal par de nombreux érudits islamiques, car il fonctionne comme une cryptomonnaie similaire au Bitcoin, largement admis comme licite en finance islamique. Son utilité et ses usages sont compatibles avec les principes halal.
L’investissement dans une devise est halal si l’échange a lieu immédiatement à la conclusion du contrat, lors d’une même session. Pour des devises identiques, les montants doivent être équivalents ; pour des devises différentes, les montants peuvent être inégaux, à condition que l’échange soit simultané et sans délai.
Une cryptomonnaie répond aux normes de la charia si elle présente une utilité réelle au service d’une finalité licite, utilise une technologie transparente et dispose d’une gouvernance claire. Elle doit éviter les usages purement spéculatifs et respecter l’interdiction du riba et du gharar.
De nombreux érudits islamiques considèrent le Bitcoin comme halal, celui-ci répondant aux critères de propriété islamique : désirabilité, conservation et valeur légale. Des figures reconnues, comme le mufti Muhammad Abu-Bakar, soutiennent cette analyse.
Les investisseurs musulmans doivent consulter des conseils de conformité (Shariah Supervisory Boards) pour examiner et certifier leurs investissements en cryptomonnaie. Il s’agit d’éviter les produits à intérêt, la spéculation excessive et les activités interdites, d’opter pour des actifs numériques conformes à la charia et d’adopter des pratiques d’investissement transparentes alignées sur les standards financiers islamiques.









