


Bitcoin est une monnaie numérique décentralisée reposant sur la technologie blockchain, sans contrôle d’un gouvernement ni d’une banque centrale. Cette particularité la distingue des monnaies fiduciaires traditionnelles et suscite des interrogations majeures pour les investisseurs musulmans qui souhaitent déterminer si le bitcoin est halal ou haram selon la loi islamique.
Pour les musulmans qui évaluent la licéité du Bitcoin, il est essentiel de comprendre les principes fondamentaux de la finance islamique. La charia interdit trois éléments clés dans les transactions financières : le riba (intérêt ou usure), le gharar (incertitude ou ambiguïté excessive) et le maysir (jeu ou spéculation). Ces interdictions constituent le socle de la jurisprudence financière islamique et s’appliquent à toutes les formes d’investissement et de commerce. De plus, la finance islamique impose que les transactions reposent sur une valeur économique réelle et écartent tout financement d’activités prohibées comme la production d’alcool, les jeux d’argent ou la fabrication d’armes.
La nature purement numérique du Bitcoin soulève des questions théologiques spécifiques, puisqu’il ne possède aucune forme physique ni adossement à des actifs tangibles tels que l’or ou des garanties étatiques. Les monnaies islamiques traditionnelles exigeaient historiquement une valeur intrinsèque — pièces d’or ou d’argent ayant une valeur propre indépendamment de leur fonction monétaire. Cela entretient un débat constant sur la légitimité du Bitcoin comme monnaie au regard des principes de la charia, particulièrement en raison de son caractère exclusivement numérique.
L’importante volatilité du prix de la cryptomonnaie suscite également de fortes préoccupations relatives au gharar. Le cours du Bitcoin peut fluctuer très rapidement, parfois de plusieurs dizaines de pourcents en une seule journée. Ce niveau d’instabilité crée une incertitude que certains savants estiment contraire à l’exigence islamique de clarté et d’équité dans les transactions commerciales.
Cependant, la transparence de la technologie blockchain de Bitcoin et son adoption croissante par les commerçants dans le monde entier ont conduit certains érudits à reconsidérer son statut. La blockchain offre un registre public immuable de toutes les transactions, garantissant une transparence sans précédent dans les systèmes financiers traditionnels. De plus, de grandes entreprises et prestataires de paiement acceptent désormais le Bitcoin comme moyen de paiement, ce qui lui confère une utilité concrète au-delà de la spéculation.
La question centrale devient donc de savoir si le Bitcoin agit suffisamment comme un moyen d’échange et une réserve de valeur pour être considéré comme un bien licite (mal) en droit islamique. Cette évaluation suppose d’analyser si le Bitcoin répond aux critères de désirabilité, de conservation et de reconnaissance légale au sein des communautés musulmanes.
Plusieurs autorités islamiques de premier plan ont déclaré le Bitcoin haram en raison de préoccupations sur sa volatilité, son absence de valeur intrinsèque et son potentiel d’utilisation abusive. Shaykh Shawki Allam, Grand Mufti d’Égypte, a émis une fatwa déclarant le Bitcoin illicite pour plusieurs raisons fondamentales. Il a notamment souligné le « degré élevé d’incertitude » et « l’instabilité » qui exposent les investisseurs à un risque financier supérieur à ce qu’accepte la loi islamique. Le Mufti a aussi noté que le Bitcoin n’est lié à aucun marché ou économie régulés, ce qui le distingue fondamentalement des monnaies traditionnelles.
L’autorité religieuse égyptienne a également évoqué des aspects pratiques concernant le stockage du Bitcoin. La cryptomonnaie nécessite un chiffrement complexe et la gestion de clés privées, ce qui rend la récupération de fonds quasiment impossible si les clés sont perdues — une situation qui a déjà conduit à la perte définitive de milliards de dollars en Bitcoin. De plus, le Mufti a pointé du doigt l’utilisation fréquente du Bitcoin dans des activités criminelles, sa nature pseudonyme favorisant le blanchiment d’argent et le financement d’opérations illégales.
La Direction des Affaires religieuses de Turquie a publié une directive similaire, déclarant le bitcoin haram principalement en raison d’une incertitude excessive et d’un risque d’abus par des acteurs criminels. L’autorité turque a précisé que le trading de cryptomonnaies génère un niveau de gharar fondamentalement incompatible avec le contrat islamique. Sans supervision réglementaire ni adossement gouvernemental, le Bitcoin favorise les fraudes et manipulations, exposant les investisseurs à l’exploitation.
Shaykh Haitham al-Haddad présente un argument théologique selon lequel le Bitcoin ne saurait être licite car il n’a pas de valeur réelle sous-jacente. Il étend cette critique aux monnaies fiduciaires depuis la fin des accords de Bretton Woods dans les années 1970, mais précise que le Bitcoin n’est adossé à aucune autorité gouvernementale. Contrairement à la monnaie fiduciaire, qui est indispensable dans la vie économique quotidienne et obligatoire pour payer les impôts, l’utilisation du Bitcoin demeure optionnelle et essentiellement spéculative.
Le Shaykh conclut que le minage de bitcoin est également illicite car il crée de la monnaie via un travail computationnel, sans production de valeur économique réelle — autrement dit, il s’agit de créer de la monnaie à partir de rien. Cependant, il laisse ouverte la possibilité qu’une cryptomonnaie adossée à l’or et dotée d’une valeur intrinsèque puisse être acceptée selon les principes islamiques.
Le Majlis Ulama Indonesia, représentant la plus grande nation musulmane du monde, a interdit le trading de cryptomonnaies, évoquant explicitement la violation des principes de gharar et de maysir. Le conseil estime que la nature spéculative du Bitcoin et son incertitude fondamentale le rendent incompatible avec les standards de la finance islamique. Cette décision affecte les choix d’investissement de millions de musulmans indonésiens et reflète les préoccupations plus larges des érudits d’Asie du Sud-Est concernant les cryptomonnaies.
À l’opposé des avis prohibitifs, plusieurs autorités islamiques reconnues estiment que le Bitcoin peut être autorisé sous certaines conditions. Ces dernières années, le Shariah Advisory Council de Malaisie a pris une décision majeure en classant les principales cryptomonnaies, dont Bitcoin et Ethereum, en tant que biens (commodities) et non monnaies, les rendant ainsi conformes à la charia pour le trading. Cette distinction implique l’application de principes islamiques différents à l’évaluation du Bitcoin.
Le Dr Mohd Daud Bakar, président du conseil, a expliqué que Bitcoin fonctionne comme un nouvel actif numérique et qu’« il n’y a rien de répréhensible » à l’acheter, le détenir ou le vendre en cas de hausse de prix, à condition que la transaction respecte les règles islamiques. Il compare la cryptomonnaie aux points de fidélité aériens — des formes abstraites de valeur que l’on échange librement contre des biens ou services sans enfreindre la charia. Cette analogie positionne le Bitcoin comme une forme de propriété reconnue dans le commerce contemporain.
L’avis malaisien autorise explicitement le trading de Bitcoin dans le cadre de transactions au comptant, sans effet de levier ni composante générant des intérêts. Les musulmans peuvent donc acheter du Bitcoin avec paiement immédiat et transfert de propriété, évitant ainsi les éléments prohibés associés au trading sur marge ou aux contrats à terme.
Le Mufti Muhammad Abu-Bakar a mené une analyse détaillée et a conclu que le Bitcoin est licite car il représente un « actif de valeur » accepté par les plateformes d’échange mondiales et utilisé comme moyen de paiement par de nombreux commerçants et plateformes. Son examen approfondi montre que Bitcoin remplit les critères de mal (bien licite) en droit islamique : désirabilité (il est recherché), possibilité de conservation (il peut être détenu dans le temps) et taqawwam (valeur légale reconnue par la société).
Le Mufti reconnaît que le marché du Bitcoin est encore jeune, avec une forte volatilité et des risques de pertes financières, mais cela ne le rend pas automatiquement haram puisque tout investissement comporte un risque inhérent. La charia n’interdit pas le risque en soi, mais prohibe les transactions où l’incertitude atteint le niveau du jeu ou où une partie est systématiquement désavantagée.
Ziyaad Mahomed, président du comité charia d’une grande institution financière islamique, affirme que la charia n’exige pas que les monnaies aient une valeur intrinsèque comme l’or ou l’argent. Ce qui compte, c’est l’acceptation sociale — le fait que les gens reconnaissent une chose comme étant de valeur et l’utilisent dans des transactions légitimes. Cette perspective rejoint la compréhension économique moderne selon laquelle la valeur monétaire découle de l’accord collectif et de la confiance.
Mahomed précise que lorsque le Bitcoin devient excessivement volatil ou sujet à une frénésie spéculative déconnectée de toute utilité réelle, le trading devient plus discutable d’un point de vue islamique. Toutefois, une cryptomonnaie largement acceptée avec des applications pratiques peut être halal en principe. Cette vision nuancée admet que la licéité du Bitcoin peut varier selon les conditions de marché et les usages réels.
La finance islamique suit une règle fondamentale : les transactions sont permises (halal) sauf si des preuves scripturaires claires les interdisent. Puisque le Coran et les hadiths ne mentionnent pas la cryptomonnaie — une technologie inexistante à l’époque du Prophète —, certains savants estiment que Bitcoin peut être un bien licite s’il évite les éléments prohibés tels que l’intérêt, l’incertitude excessive et la spéculation assimilable au jeu.
L’Islamic Economic Forum rappelle que les actifs et transactions sont licites par défaut, sauf si leurs caractéristiques ou bénéfices s’opposent aux principes établis de la charia. La nature numérique et la nouveauté technologique du Bitcoin ne suffisent donc pas à l’exclure du halal. Tout dépend de la façon dont il est acquis, utilisé et échangé, plutôt que de sa nature intrinsèque d’actif numérique.
La licéité de l’investissement dans le Bitcoin repose sur plusieurs critères essentiels pour déterminer la conformité avec les principes islamiques. Comprendre ces critères aide les investisseurs musulmans à naviguer sur les marchés des cryptomonnaies tout en respectant leur foi.
La méthode de trading est déterminante pour la conformité. Le trading au comptant — achat immédiat et prise de possession avec paiement intégral — est généralement admis par de nombreux érudits car il implique un échange clair, sans éléments prohibés. À l’inverse, les contrats à terme, options et positions à effet de levier sont en général considérés comme haram en raison de la présence excessive de gharar et de maysir : ces instruments dérivés reposent sur la spéculation de prix sans détention réelle de l’actif, s’apparentant au jeu prohibé par la charia.
La plupart des savants considèrent que le trading d’options crypto viole les règles de la finance islamique, car il repose sur la pure spéculation de prix plutôt que sur l’échange effectif d’actifs. Acheter une option consiste à acquérir le droit d’acheter ou vendre à un prix futur — une structure générant incertitude et caractéristiques assimilables au jeu, incompatibles avec la charia.
L’objectif d’investissement influence aussi fortement la licéité. Détenir du Bitcoin à long terme comme réserve de valeur ou pour des transactions légitimes diffère fondamentalement du day trading purement spéculatif pour profits rapides, ce dernier s’apparentant au jeu, que la finance islamique décourage en raison de sa focalisation sur le hasard plutôt que sur une activité économique productive. Les investisseurs doivent donc s’assurer que leurs activités génèrent une valeur économique réelle et non une simple spéculation.
Le choix de la plateforme est crucial pour rester conforme à la charia. Il est préférable d’opter pour des plateformes sans paiement ni perception d’intérêts sur les avoirs, d’éviter les programmes de prêt générant des rendements proches du riba, et de garantir le règlement immédiat des transactions sans schémas de paiement différé. De nombreux exchanges classiques proposent des comptes à intérêts ou du staking avec rendement fixe — ces caractéristiques doivent être évitées, car elles s’apparentent à l’intérêt prohibé.
Certaines pratiques doivent être proscrites quel que soit le token : le trading sur marge avec fonds empruntés implique le riba car on paie des intérêts sur des prêts spéculatifs. Les programmes de staking à rendement fixe s’apparentent à des dépôts rémunérés interdits en banque islamique. Les meme coins hautement spéculatifs, sans utilité réelle ni finalité économique, relèvent du jeu pur, non d’un investissement légitime.
La nature du token est également déterminante. Le Bitcoin a acquis une légitimité grâce à son adoption mondiale, la transparence de sa blockchain et son usage croissant dans le commerce légitime. Toutefois, les tokens liés à des secteurs prohibés (jeux d’argent, alcool, contenu adulte) restent haram quel que soit le mode de trading. L’investisseur musulman doit examiner non seulement la méthode, mais aussi la finalité du projet et ce qu’il soutient.
Les investisseurs doivent en outre s’assurer que le projet de cryptomonnaie ne recèle aucune pratique trompeuse, fraude ou exploitation — toutes contraires à l’éthique islamique, même si la méthode de trading semble conforme. La due diligence ne se limite donc pas à l’analyse des prix : elle doit englober l’objectif du projet, son équipe et sa compatibilité avec les valeurs islamiques.
Le Bitcoin n’est pas systématiquement considéré comme haram en droit islamique. Sa licéité dépend du respect de critères tels que l’absence d’intérêt (riba), de jeu (maysir) et d’incertitude (gharar). De nombreux érudits l’autorisent s’il reste conforme aux principes de la charia. Il est conseillé de consulter un érudit islamique qualifié pour un avis personnalisé.
Les érudits islamiques divergent sur le trading de cryptomonnaies. Certains l’autorisent s’il respecte la charia, d’autres l’interdisent en raison de son caractère spéculatif. Un trading halal implique des actifs réels et des pratiques éthiques ; le haram concerne la spéculation et le risque excessif. Consultez des érudits compétents pour un avis adapté à votre situation.
Le trading de Bitcoin soulève d’abord des questions de conformité à la charia concernant le riba (intérêt) et le maysir (jeu). Si le Bitcoin n’implique pas d’intérêt en lui-même, les plateformes de trading doivent garantir la transparence et un véritable échange de valeur. La conformité dépend de la légitimité de la transaction et de l’absence de pratiques spéculatives prohibées.
Les musulmans peuvent investir dans les cryptomonnaies, mais les avis des érudits islamiques diffèrent et il n’existe pas de consensus. Certains pays ont publié des avertissements sans interdire explicitement. La décision finale dépend de l’interprétation individuelle de la charia.
Les institutions financières islamiques se montrent prudentes face à la blockchain et aux cryptomonnaies, mais reconnaissent leur potentiel en matière de conformité et de transparence. La blockchain pourrait notamment faciliter l’émission d’obligations islamiques. Certaines institutions explorent déjà des applications blockchain conformes à la charia.











